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APPLICATION AU JEÛNE EUCHARISTIQUE

Jean-Yves CHÉROT

Laboratoire de théorie du droit, Aix-Marseille Université

Abstract

The paper intends to demonstrate that moral cases are basically language matters and that they are the result of speech. Therefore our concern is not casuistry as moral theological study but speeches in which cases are exposed, dealt with and solved. In order to illustrate our purpose, examples will be chosen among cases dealing with breaking the Eucharistic fast in the Catholic tradition. The paper tries first to develop the modelisation of casuistical reasoning, then it lists some ways in which actions are described according to different modalities with the help of topoï, finally it presents a typology of some specific reasonings which are employed in casuistical speeches. The main condition for such speeches is a discursive memory which allows a common understanding of moral representations and of moral practices

INTRODUCTION
I. La prémisse méthodologique
II. Les thèses en relation avec la thèse méthodologique
III. L’analyse des concepts juridiques chez Alf Ross
IV. Questions ouvertes

 

Loin d’être un ensemble de manoeuvres dilatoires et accidentelles, la casuistique est un exercice discursif et le discours casuistique présente une rigueur argumentative. Cette rigueur argumentative se manifeste sur ces trois points : les discours casuistiques sont portés par des structures argumentatives implicites ; ils déploient des stratégies discursives qui proviennent eux-mêmes des éléments discursifs utilisés ; ils mettent explicitement en oeuvre des types de raisonnement. La casuistique n’est donc pas une discipline laxiste dans la construction et le déploiement de son argumentation – ce qui est une toute autre question que celle de la nature des solutions proposées : le débat ne porte pas ici sur le contenu des solutions avancées ou sur leur conformité avec les normes de l’Église. Autres conséquences du propos : les énoncés normatifs ne prennent sens que dans le contexte d’autres énoncés eux-mêmes pris dans d’autres discours (circulation des lettres, citations intertextuelles) ; les énoncés normatifs reposent sur une précompréhension de valeurs, de représentations et de pratiques propres à un ensemble stabilisé d’hommes ; ces énoncés normatifs viennent ordonner les circonstances pour les disposer en des ensembles ayant un sens provisoirement stabilisé :
A. M. Carr condamne, au xxe siècle, le caramel mais ne désavoue pas le chewing-gum, propre à sauvegarder le jeûne eucharistique. À tout cela la notion de mémoire discursive apporte le thème d’une continuité des discours, toujours portés par une pré-compréhension des pratiques langagières et des situations dans lesquelles celles-ci prennent corps, comme il apporte le thème du façonnage de ces pratiques par les discours casuistiques. Ce dernier point montrerait que la casuistique est autant une discipline prospective qu’une réflexion sur des cas enregistrés, qu’elle est autant une pragmatique qu’une discipline classant des énoncés selon les normes extérieures (textes normatifs de l’Église, des docteurs de l’Église, des théologiens). C’est dans le langage et par le discours que naît le cas. Mais, tout à l’inverse et tout aussi justement, le cas montre le pouvoir d’organisation dont disposent les énoncés casuistiques. Toute solution donnée étend le pouvoir des énoncés normatifs, transformant le réel décrit ou raconté à l’occasion des cas.

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